Handicap : l'inclusion ne se décrète pas, elle se construit collectivement !
BILAN HANDICAP 2024 ET PERSPECTIVES 2025 –2028
Ce 1er octobre 2025 étaient présentés le bilan 2024 relatif à l'insertion et au maintien en l'emploi des agents en situation de handicap au MinArm, celui du plan Handicap 2022-2024 et les perspectives 2025-2028.
Une DNH et un réseau engagés
La CFDT Défense a salué l’engagement de la Délégation nationale au handicap (DNH) et de l’ensemble des acteurs mobilisés dans la mise en œuvre du plan Handicap et Inclusion. Depuis 2022, une véritable architecture ministérielle s’est mise en place, marquant une dynamique collective qu’il convient désormais de consolider et de renforcer.
La CFDT Défense remercie la DNH pour les formations et webinaires qu’elle propose aux personnels. Ces temps d’échanges contribuent à une meilleure connaissance des situations de handicap et à une diffusion de la culture inclusive au sein du ministère.
Mais l’inclusion ne repose pas seulement sur les dispositifs. Elle s’incarne dans l’action quotidienne de tous les acteurs : la hiérarchie, les collègues, les experts (référents handicaps, assistants sociaux, médecins du travail, ...), les chargés de prévention des risques professionnels (CPRP), les mandatés en formation spécialisée (FS) et les représentants du personnel, sans oublier la personne elle-même. L’inclusion est une responsabilité collective : elle se construit chaque jour, dans les gestes simples, les attitudes bienveillantes et les décisions justes.
Pourtant, malgré les progrès réalisés, la réalité du terrain reste difficile : des lenteurs persistantes, des inégalités entre services, un manque de coordination, et trop souvent, une reconnaissance insuffisante des acteurs engagés.
Une politique structurée, mais encore trop dépendante des individus
La politique handicap du ministère des Armées est organisée, mais elle repose encore trop sur les personnes. Les référents handicap, les assistants sociaux, les médecins et CPRP font un travail admirable, souvent au prix d’une surcharge considérable.
Beaucoup d’entre eux agissent seuls, sans soutien hiérarchique clair ni reconnaissance officielle de leurs missions.
Cette dépendance à la bonne volonté rend les actions inégales selon les sites et les organismes. Certaines directions font preuve de dynamisme et d’innovation ; d’autres restent à la traîne. Pour les agents, cela se traduit par des parcours très différents, parfois par un sentiment d’isolement, voire d’injustice.
Le bilan DNH 2024 : des constats lucides, mais trop peu de réponses
Le bilan 2024 présenté par la DNH met en évidence des difficultés bien connues : des aménagements de poste trop lents, des procédures complexes et rigides, un manque de coordination entre les acteurs, une formation insuffisante des encadrants.
La CFDT Défense reconnaît la lucidité du diagnostic, mais regrette qu’il ne soit pas accompagné de mesures concrètes et ambitieuses. Connaître les problèmes ne suffit plus : il faut désormais les résoudre.
Des limites structurelles qui freinent l’efficacité du dispositif
Le ministère des Armées est un ministère éclaté, multi-employeurs, où coexistent sur un même site plusieurs organismes ou antennes d’organismes, chacun avec sa propre chaîne hiérarchique. Cette organisation rend la politique handicap complexe à piloter et difficile à incarner localement.
Le relais handicap local, dont l’emploi n'est même pas identifié formellement au MINARM, systématiquement à temps et rattaché à un groupement de soutien, n’a ni le pouvoir ni la légitimité nécessaires pour agir auprès des entités présentes. Le référent régional, placé au niveau du CMG, couvre des territoires immenses, avec peu de moyens et une faible reconnaissance hiérarchique. Les assistants sociaux, les médecins du travail, les CPRP sont eux-mêmes surchargés.
Le résultat, c’est une politique handicap fragmentée, où chacun agit de bonne foi, avec une cohérence d’ensemble et une capacité d’action trop limitée.
Le maintien dans l’emploi et la santé durable : un enjeu humain majeur
L’un des défis majeurs pour les années à venir concerne les agents atteints de maladies chroniques évolutives. Leur nombre augmente et beaucoup d’entre eux se retrouvent à temps partiel contraint, sans compensation salariale. Dans le privé, certaines protections existent, notamment avec la pension d’invalidité de première catégorie. Dans la fonction publique, un agent dans une situation comparable n’a aucune compensation.
La CFDT Défense refuse cette logique injuste et déshumanisante. Ces agents ne demandent pas des privilèges : ils demandent simplement le droit de continuer à travailler dans la dignité. C’est pourquoi la CFDT Défense appelle à une véritable politique de santé durable, fondée sur la prévention, la proximité et la reconnaissance.
Les revendications CFDT : agir concrètement
Les données doivent être rendues accessibles et suivies dans le Rapport social unique, direction par direction. Ces statistiques doivent inclure les formations suivies, les prolongations de stage et les non-titularisations, afin de repérer les freins, prévenir les discriminations et orienter les actions correctrices. La CFDT Défense exige que ces données soient partagées et discutées au sein des instances, dans un souci de transparence et d’égalité de traitement.
La formation est un levier essentiel. Une offre de formation existe, mais elle reste encore trop théorique et peu opérationnelle. Les encadrants doivent pouvoir bénéficier de modules pratiques, illustrés par des cas concrets et des échanges d’expérience, pour être en mesure d’accompagner efficacement les agents. La CFDT Défense s’interroge également sur le coût et l’accessibilité de ces formations, qui freinent leur généralisation. Former, c’est donner les moyens d’agir, pas seulement d’écouter.
Les référents handicap doivent être reconnus pour leur rôle central : passage en catégorie A, moyens dédiés, délégation fonctionnelle claire, reconnaissance institutionnelle.
Le réseau des référents handicap locaux existe, mais son efficacité reste limitée par le manque de moyens, de reconnaissance et de coordination. La CFDT Défense demande de renforcer ce réseau autour du référent handicap régional, véritable pilote opérationnel au niveau du centre ministériel de gestion (CMG), en lui donnant des moyens supplémentaires et de véritables adjoints capables d’agir concrètement sur le terrain. Dans un ministère éclaté entre plusieurs employeurs et antennes d’organismes, la cohérence doit être renforcée et fondée sur la reconnaissance, le soutien hiérarchique et le travail collectif.
La CFDT Défense demande la reconnaissance et la compensation des temps partiels subis pour raisons de santé, comparables aux situations d’invalidité de première catégorie dans le secteur privé. Ces agents doivent bénéficier d’un maintien de revenu et d’un accompagnement spécifique.
Les référents, assistants sociaux, médecins, CPRP et encadrants investis doivent être officiellement reconnus pour leur rôle essentiel dans la réussite du plan handicap.

Pour une politique handicap humaine, cohérente et durable
La CFDT Défense n’ignore pas les efforts réalisés, mais elle refuse l’immobilisme. L’inclusion ne peut plus dépendre d’un réseau de volontaires isolés : elle doit devenir une politique publique à part entière. Cela suppose un pilotage clair, des moyens identifiés, et une volonté politique affirmée.
La CFDT Défense exhorte le ministère à désormais faire du handicap et de la santé durable une priorité réelle, portée par tous les niveaux de responsabilité. Parce qu’un agent fragilisé n’est pas un problème à gérer, mais une richesse à préserver. Parce qu’un ministère humain est un ministère plus fort.